Aller à l'école, Il y a un siècle (et même encore voici 50 ou 60 ans).
l'enfant participait activement aux travaux de la famille dans une France formée en majorité d'agriculteurs et d'ouvriers, d'artisans. Dans le monde ouvrier du XIXe siècle, l'enfant avait aussi sa part de travail: il devenait vite ouvrier lui-même pour « gagner sa vie ».
Les allocations familiales n'existaient pas. Imaginons bien ces enfants habitant loin du bourg ou du village où était l'école, et qui devaient parcourir à pied des distances souvent importantes, parfois à travers bois, obligés à la fois d'aider les parents et de suivre la classe.
L'obligation scolaire C'est au cours de la révolution française de 1789 que l'idée d'obligation scolaire est exprimée, afin que les citoyens de la République soient mieux instruits, et par suite « meilleurs citoyens » : il faudra un siècle avant que cette idée soit réalisée.
Des lois avaient cependant déjà été votées par les gouvernements du XIXe siècle pour améliorer l'éducation. En 1816, une ordonnance oblige,. en principe, les communes à assurer l'instruction des enfants. En 1833, la loi Guizot rend obligatoire l'entretien d'une école normale par département, pour la formation des maîtres.
Dans la commune, un comité local a la responsabilité de tout ce qui concerne l'école: locaux, maître, programme, qualité de l'enseignement, financement. Le maire et le curé jugent l'instituteur. Mais c'est en 1881 et 1882 que le système éducatif va devenir une affaire d'état, et l'école obligatoire.
Comment l'obligation scolaire était-elle suivie ? Pour les familles paysannes, il y a un siècle, envoyer les enfants à l'école, c'était se priver d'aides efficaces dans tous les travaux des champs. Un enfant, c'est un domestique ou une servante en plus. Dès 7 ou 8 ans, garçons et filles conduisent et gardent les animaux, matin et soir. Il n'y a pas de clôtures électriques: il faut maintenir les vaches, moutons, oies, dans les prairies, bords de route, champs en friches, afin qu'ils ne broutent pas les cultures. Les enfants participent à la récolte des fruits (noix, pommes), des pommes de terre, topinambours, effeuillent les choux, les betteraves, etc. A 11-12 ans, ils quittent ces tâches de garde pour des activités ménagères ou agricoles. les filles participent à la confection des repas, à l'entretien du linge,tricotent, les garçons s'initient au labourage et, à 16 ans, ils seront traités en hommes; on leur confiera des tâches de force: battre les céréales, sortir et épandre le fumier, par exemple.
Cependant, la loi d'obligation et la surveillance de la fréquentation scolaire par les instituteurs, la tenue du registre d'appel ont été efficaces. Jules Ferry disait que, en 1880, plus de 625 000 petits Français ne recevaient aucune instruction et que, dans 11 départements, seuls 25 à 40% d'enfants fréquentaient l'école (78% des enfants de France allaient à l'école). En 1892, la fréquentation passait à 92% .
Les vacances scolaires d'été : Elles avaient été placées en Juillet et Août pour permettre aux enfants de participer aux travaux des champs: surtout fenaison, moisson, vendange nécessitant beaucoup de main d'oeuvre ; à cette époque, tout se faisait à la main.
Les habits: Le sarrau noir, parfois gris, était l'uniforme de l'écolier, parfois aussi des écolières. Les culottes courtes étaient souvent en velours; on n'utilisait pas de sous-vêtement. Garçons et filles sont chaussés de sabots ou de galoches Ce sont des chaussures à semelle de bois protégée sur le pourtour par du fer !ensuite, ce fut du caoutchouc) Sur la tête béret, casquette, ou canotier de paille. Une grande pèlerine noire de drap de laine sert à la fois de manteau et de vêtement de pluie.
Ecole mixte: En général, lorsque le nombre d'enfants était suffisant, il y avait une école de filles et une école de garçons. Si la classe était unique, garçons et filles s'asseyaient dans des rangées de tables différentes. Une certaine image, particulière à chaque sexe, était donnée dès la petite enfance par l'éducation familiale et religieuse; l'école, les manuels scolaires jouent aussi un rôle en ce sens.
La femme, c'est l'épouse et la mère, soumise et dévolue aux tâches ménagères; l'arithmétique initie à l'économie, la couture, au raccommodage, à l'entretien des vêtements. Les filles surveillent parfois les petits aux récréations. Le mobilier: Jusqu'en 1833, c'est l'instituteur qui fournit le matériel scolaire.
Puis les municipalités acceptent de le prendre à leur charge mais certaines refusent. En 1882, la fourniture du matériel scolaire devient obligatoire pour toutes les communes. Petit à petit, les waters sont construits, et remplacent les madriers posés sur un fossé. Chauffage et éclairage: Ils doivent aussi être assurés par la commune.
Une circulaire ministérielle du 15 janvier 1883 demande aux instituteurs de signaler les communes qui n'ont pas pris le chauffage en charge. L'entretien du poêle incombait au maître aidé des élèves de service, de même que le nettoyage de la classe. Le combustible utilisé était le bois.
Le Tableau de lecture: Les tableaux de lecture et les livres, les syllabaires, constituaient le matériel d'apprentissage pour la méthode dite syllabique. Après avoir reconnu les lettres, voyelles et consonnes, on les assemblait pour faire des mots où se retrouvaient les sons étudiés.
L'écriture : Elle a une grande importance; on écrit en cursive, bâtarde, gothique. .. Il existait des livres de lecture de textes manuscrits. On écrit avec des plumes métalliques à becs depuis 1850 (Avant, c'était la plume d'oie taillée). « Avoir une belle main » donnait bonne réputation à l'instituteur. Encore en 1880, de nombreux adultes sachant lire étaient incapables d'écrire.
Le calcul: Tables d'addition, de multiplication, de division sont apprises par coeur ; les problèmes sont dits pratiques parce qu'ils veulent évoquer des situations réelles rencontrées dans l'environnement. On compte au boulier.
Des tableaux muraux montrent les mesures du système métrique. Depuis 100 ans qu'elles ont été mises en vigueur par la Convention (1793), elles ne sont pas encore employées partout (on parle, dans les campagnes, de journal de vigne, de cordes, d'arpents).
Avec quoi écriviez-vous au tout début ! Au début avec un crayon, mais pas longtemps. On a eu le porte-plume très vite. On a commencé par faire des bâtons, et puis aussitôt après on s'est amusé à faire les lettres comme on devait les faire, avec un porte-plume alors.
Pour l'apprentissage de calcul, on chantait en quelque sorte les tables de multiplications : j'ai chanté deux fois 1, deux fois 2, deux fois 3...
La géographie: La connaissance de la France et de l'Empire colonial français à travers le monde (Afrique -Asie -Amérique) va renforcer l'idée de l'appartenance à une même communauté nationale.
Les sciences: Elles avaient une grande importance également. C'est par l'école que les progrès de l'hygiène se sont répandus. (Se laver au savon, lutter contre les poussières, contrôler l'eau, éviter les transmissions microbiennes: la typhoïde, la diphtérie, la tuberculose, etc) Le maître fait aussi des « leçons de choses }} (la craie, la pomme) .
Les instructions officielles disent : (( Il faut accoutumer les enfants à bien voir ce qu'ils regardent, à bien entendre ce qu'ils écoutent, à faire un usage attentif et instructif de leurs sens, à se rendre compte des choses, à s'expliquer l'ensemble et leurs parties et les raisons .de chacune de ces parties. Egalement des notions élémentaires et usuelles sur les emplois des diverses matières et les transformations que le travail fait subir à ces matières premières)).
L 'histoire: La chronologie historique avec les dates, le récit des événements les plus marquants, et les personnages historiques (Charlemagne - Henri IV -Richelieu, etc. .) sont peints de façon schématique (ils sont bons ou mauvais) , et constituent le programme.
La Révolution Française a une place importante; par contre, la révolution de la Commune de Paris en 1871 est passée sous silence. Vercingétorix le Gaulois, « inventé }) sous Napoléon il est aussi le héros national. Le patriotisme: L'école enseigne les valeurs de la société.
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